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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach
Les données de base de la postmodernité

     Les auteurs postmodernes circonscrivent la postmodernité à la période contemporaine (de 1960 à nos jours), période à l’intérieur de laquelle s’effectuent d’importantes transformations culturelles. Selon eux, la culture occidentale tenterait ainsi de s’adapter aux bouleversements profonds engendrés par l’essor fulgurant de la technoscience. Les postmodernistes sont persuadés qu’il n’est plus possible d’appréhender le monde contemporain, marqué par l’évolution technologique, l’informatisation généralisée et l’hégémonie croissante des mass media, à l’aide de concepts hérités du XVIIe siècle (le Siècle des lumières) ; d’où l’avènement tout à fait prévisible d’une culture postmoderne.

     Précisons tout d’abord que le terme « postmoderniste » est utilisé ici pour désigner les nombreux chercheurs et intellectuels qui tentent de comprendre et d’expliquer la condition des sociétés occidentales contemporaines à partir d’un cadre conceptuel élaboré autour de l’idée de la postmodernité.

     Ainsi, pour les postmodernistes, la notion de « postmodernité » se rattache à la période historique dans laquelle les sociétés occidentales évoluent depuis une trentaine d’années ; elle a donc une signification historico-temporelle comme celles des termes « Moyen Âge », « Renaissance » et « Modernité ». Selon eux, le passage des sociétés occidentales à l’heure des technosciences et des mass media ainsi que l’avènement d’une économie postindustrielle sont à la base de la mutation culturelle qui nous a permis d’accéder à la postmodernité.

     II est important de bien comprendre que le terme « postmodernité » est utilisé pour désigner de façon commode une époque. Cet aspect utilitaire est important, car il montre, selon les postmodernistes, qu’ils n’ont pas de visée dogmatique. La postmodernité demeure, selon eux, le terme le plus représentatif du moment historique qui se déroule sous nos yeux, un moment qui ne serait qu’une période de transition. La période contemporaine ne constituerait nullement la fin de l’histoire, mais elle annoncerait plutôt une mutation importante de notre « manière d’être ».

     Les postmodernistes utilisent le qualificatif « postmoderne » pour désigner les différentes caractéristiques de la postmodernité. Ils parlent notamment de sociétés postmodernes pour qualifier les sociétés occidentales d’aujourd’hui marquées par le pluralisme et la diversité croissante, et de culture postmoderne pour décrire l’attachement de nos contemporains à des valeurs telles que la promotion des droits et libertés individuelles, la volonté de choisir soi-même ses critères de vie, etc.

     Il est également important de noter que la postmodernité ne constitue pas une négation globale de la modernité et ne revendique pas une rupture radicale avec cette dernière. Les penseurs postmodernistes insistent pour dire qu’ils ne sont pas antimodernes ; ils ne prétendent faire que le constat de l’autodissolution de la culture moderne à travers l’emballement de la modernisation et la désillusion populaire à l’endroit des promesses d’émancipation du discours moderniste.

     Le préfixe « post » signifie en quelque sorte un dépassement qui intègre le passé, un « au delà » comprenant le moderne, mais le complétant par des éléments adaptés à la nouvelle conjoncture sociale.

     C’est dans cet esprit que certains auteurs affirment qu’il serait néfaste de ne pas tenir compte des différents apports artistiques, littéraires et intellectuels de la modernité. C’est également dans cette logique de ménagement que l’on peut constater l’importance du « recyclage » dans la littérature postmoderniste, c’est-à-dire la réactualisation de choses déjà existantes qui se trouvent enrichies et utilisées à de nouvelles fins.



Avant la postmodernité : la modernité



     À l’origine, le projet moderne avait pour objectif de réaliser l’universalité des communautés à travers une émancipation progressive de l’humanité. Cette universalisation devait résoudre tous les problèmes. En nivelant les différences, on a voulu unir. Pour atteindre cet idéal, on a érigé l’universel en loi suprême.

     Ainsi, au nom de l’universalité, la modernité a été fondée sur des critères d’exclusion du dissemblable et de proscription de ce qui n’allait pas dans le même sens qu’elle. La modernité a lancé ces excommunications à partir de la légitimité de sa pensée progressiste, une pensée de la nouveauté.

     Le projet moderne a effectivement été caractérisé par le « culte du nouveau et de l’originalité ». En privilégiant l’idée de dépassement, la modernité s’est lancée dans une course effrénée vers le progrès. Le développement (artistique, technique, cognitif, etc.) engendré par la modernisation devait créer les conditions idéales menant à la pleine réalisation de l’Humain, être universel. Cette idée de progrès reposait sur la promesse que la rationalisation mènerait la modernité à son idéal, à travers un long processus d’« illumination progressive ».

     Cette marche en avant du progrès s’est faite parallèlement à une remise en question des croyances, et à travers le déracinement culturel de l’être humain, la rupture de ses appartenances traditionnelles et communautaires. Cette dynamique a eu un important effet destructeur sur le « vouloir-vivre ensemble » en provoquant l’affaissement des solidarités communautaires, une atomisation de la société civile et la mise en place d’une dynamique culturelle conduisant au nihilisme.



Les racines de la postmodernité



     Pour les postmodernistes, les événements historiques du XXe siècle témoignent de la faillite de la modernité. Le drame européen des deux grandes guerres et le délire antisémite nazi, les goulags de la révolution prolétarienne soviétique et la folle course nucléaire de la guerre froide prouvent que l’histoire de ce XXe siècle n’a pas révélé de progrès rationnels réels, pas plus qu’elle n’a ouvert la porte à l’émancipation de l’humanité.

     Ainsi, pour les postmodernistes, plusieurs phénomènes modernes sont responsables de l’autodissolution de la modernité et de l’avènement de la postmodernité, notamment la consommation de masse et la montée de l’hédonisme.

     Parce que l’hédonisme est devenu partie intégrante du quotidien de tout un chacun, l’art ne peut plus être porteur de paradigme « supérieur » : toute tentative pour présenter l’exaltation du plaisir et des sens (valeurs désormais intériorisées par tout le monde et n’appartenant plus exclusivement à la sphère artistique) à travers un médium artistique ne constitue plus qu’un acte banal. L’avant-garde est morte pour que vive l’art.

     Mais la déroute de l’avant-garde ne se limite pas à la sphère artistique. Le phénomène fait des vagues et provoque l’effritement du prestige et de l’influence des différentes élites, politiques, intellectuelles et économiques. Les artistes ne sont donc pas les seuls à être obligés de revoir leur rapport à l’avant-garde ; toute l’intelligentsia occidentale se trouve dans la même nécessité : les individus postmodernes sont de plus en plus sceptiques face aux recommandations des avant-gardes, et, ce, dans tous les domaines. L’individu postmoderne est de plus en plus indifférent aux avis qui lui semblent venir de l’extérieur, et se fie désormais davantage à son expérience personnelle.

     Ce droit de choisir s’inscrit d’ailleurs dans le sillon de la généralisation extrême de la logique de consommation. Cette dernière est au cœur même de la postmodernité car, dans l’ère postmoderne, tout est à consommer. La consommation est plus qu’une simple habitude d’achat, elle « s’est révélée et continue de se révéler un agent de personnalisation des individus, en les contraignant à choisir et à changer les éléments de leur mode de vie ». Si la consommation a su s’imposer comme valeur suprême, c’est parce que « la logique économique a bel et bien balayé tout idéal de permanence, c’est la règle de l’éphémère qui gouverne la production et la consommation des objets ».

     Dans cette perspective, la consommation vise d’abord et avant tout le bien-être des individus ; elle se veut la voie idéale pour atteindre le plaisir. Elle engendre donc un individualisme pur, débarrassé des anciennes valeurs métaphysiques.

     Les postmodernistes affirment que ce fétichisme du choix personnel engendre un important mouvement d’intolérance à l’égard de l’unicité, de la rigidité et de toute forme d’autorité qui persiste à vouloir imposer à tout prix ses valeurs. L’hétérogénéité et le pluralisme deviennent des valeurs de plus en plus défendues à l’intérieur de nos sociétés postmodernes.



Postmodernité et vision du monde



     C’est grâce à l’essor des médias de masse que l’information médiatique a pris une place sans cesse croissante à l’intérieur de notre culture postmoderne. Pour certains auteurs, ce sont les médias de masse qui produisent de plus en plus les événements ; l’importance et l’intensité de ces événements dépendent de plus en plus de la couverture médiatique. Cela fait dire à plusieurs analystes que la place sans cesse grandissante que prennent les mass media dans nos sociétés engendre un processus de dissolution de la réalité. Pour certains, l’invasion de l’information dans notre vie quotidienne a remplacé la fiction d’hier. Elle joue, selon eux, un rôle fondamental dans la marche en avant de la « socialisation démocratique individualiste ».

     Pour les postmodernistes, l’information est de plus en plus libérée des tabous et des critères normatifs, ce dont ils se réjouissent. À leur yeux, l’un des rôles sociaux fondamentaux des médias et de l’information est de consolider les démocraties en apaisant les conflits et en les obligeant à se limiter à l’affrontement verbal médiatisable. C’est pourquoi la société postmoderne est caractérisée par côté très « cool », où règne l’humour et où toute forme de violence réelle est discréditée. La violence est limitée, selon eux, à un rôle de spectacle télévisuel ou cinématographique. Les postmodernistes prétendent que, si l’on entend de plus en plus parler de violence dans nos sociétés, ce n’est pas parce qu’il y en a plus, mais plutôt parce qu’on la tolère de moins en moins.

     Si la plupart des postmodernistes reconnaissent le potentiel démocratique des sociétés de communication, un désaccord persiste sur le véritable pouvoir de libération qu’elles procurent aux individus. Certains voient dans cette prépondérance des communications la mise en place d’une imposante sphère publique vraiment représentative des volontés communes, tandis que d’autres y perçoivent les premiers indices d’un dérapage quasi inévitable vers l’anarchie ou, du moins, vers une forme de terrorisme anarchisant. Mais ils soutiennent qu’il ne faut pas redouter le chaos et l’oscillation provoqués par l’hétérogénéité croissante de nos sociétés puisque ce processus est porteur d’un espoir réel d’émancipation.

     La dissolution de la modernité, à travers tant les événements historiques que la dérive incontrôlée des produits de la culture moderne (technologie, médias...), a provoqué un important changement dans notre manière de voir et de comprendre le monde qui nous entoure. Elle a également favorisé la mise en place d’une philosophie de vie qui se fonde davantage sur la proximité et sur le quotidien. Non pas que l’homme postmoderne ne croit plus en rien, mais il choisit ses croyances au lieu de se les laisser imposer : la postmodernité est l’époque des croyances en « vrac ».



Texte résumé et adapté d’Yves BOISVERT, Le Postmodernisme, Québec, Boréal (Boréal express), 1995.