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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

Lorsqu’un futur médecin étudie le corps humain, il ne l’étudie pas en bloc, mais par sections : il en étudie l’anatomie. Ce n’est pas différent pour la littérature. Comment analyser un « bloc » de 5000 ans d’œuvres aussi différentes que l’Épopée de Gilgamesh et la Modification ? Pour étudier la littérature, il est nécessaire de créer des subdivisions. Cela permet, entre autres, de classifier les textes et de les aborder de façon différente suivant que l’analyse qu’appelle leur forme ou leur époque. C’est ce que permettent les notions de genre et de courant littéraires : ce sont des classifications que l’on a créées afin d’étudier la littérature. Les notions de genre et de courant littéraires sont des aspects théoriques qui aident à comprendre la littérature, mais qui n’existent pas en soi, dans l’absolu.

Si le genre correspond en gros à la forme du texte, le courant, pour sa part, est une division plus ou moins artificielle créée pour les besoins de l’histoire littéraire. Cela revient à dire qu’un auteur peut aujourd’hui fort bien décider d’écrire un poème, mais il ne se dira pas : « Ah ! Je vais mélanger l’épique et le courtois ». Ces divisions ont souvent été nommées des années ou des siècles plus tard par des historiens et des critiques de la littérature, qui ont vu des ressemblances et des différences dans les textes de certaines époques.


Genre

La notion de genre littéraire n’existe pas au Moyen Âge, mais elle s’est formée à peu près à cette époque. C’est une division liée à la façon d’écrire de l’auteur, à l’aspect formel de son écriture.

Ainsi, le genre littéraire correspond en gros à la forme du texte, aux règles ou aux prescriptions qui régissent sa rédaction. On dit aujourd’hui, par exemple, que la poésie, même si elle ne rime pas, présente une forme différente du roman (lignes inégales, pages plus ou moins pleines, disposition spécifique, etc.) et que le roman est écrit en prose (ce qui n’était pas le cas au Moyen Âge), a une certaine longueur, est séparé en chapitres, etc.

Le genre est donc un ensemble de conventions que les auteurs peuvent respecter à différents degrés, mais qu’ils ne peuvent pas trop transgresser sous peine de devenir incompréhensibles – et donc de ne pas être lus. Des conventions, il n’en existe pas qu’en littérature : le cinéma en est rempli. Par exemple, un épisode noir et blanc dans un film en couleur représente un « flash-back » ; quand un personnage regarde dans des jumelles, du noir encercle l’écran ; la musique sinistre annonce un événement dramatique1 ; etc. Il en va ainsi également de la littérature : au théâtre, un acteur qui fait face à la salle et qui lui dit bien haut un secret n’est entendu que des spectateurs et non des autres personnages sur scène. De la même façon, en poésie, jusqu’à fin XIXe siècle, les personnages s’expriment en vers, ce dont personne n’a l’air de se rendre compte. Négliger ces conventions, ne pas en tenir compte à la lecture, c’est forcément ne pas comprendre le texte.

Le genre sert de point de référence en littérature. C’est lui qui donne des balises à la lecture, qui guide le lecteur dans son appréhension du texte littéraire. En effet, le lecteur a des attentes, lorsqu’il lit : quand on ouvre un roman, on s’attend à lire un roman – c’est aussi simple que cela. La mécanique du texte amène un acte de lecture particulier : on ne lit pas un article de journal comme un roman ni un poème comme une revue de pêche.

Les genres littéraires les plus courants aujourd’hui sont la poésie, le théâtre, le roman, l’essai (qui est souvent une catégorie fourre-tout) et la nouvelle.


Courant

Au sens large, le courant ou mouvement littéraire désigne une tendance en littérature, qui permet de regrouper des œuvres autour de constantes qui s’en dégagent : thématiques abordées, style de l’auteur, genre littéraire privilégié, etc. Dans un sens plus étroit, il arrive parfois qu’on désigne sous l’appellation de courant un regroupement d’auteurs mus par un idéal esthétique commun ou une idéologie commune, un groupe d’écrivains ayant des relations entre eux. Il faudrait cependant alors plutôt parler d’école ou de groupe que de courant2.

L’écrivain est, comme tout être humain, le produit de son époque (ce n’est pas pour rien qu’on inscrit les courants littéraires dans l’histoire de la littérature). Il vit dans un contexte historique, social et idéologique : il partage avec ses contemporains une façon de voir le monde, une sensibilité, une langue, une religion, un art et une musique, une architecture... Qu’il soit de son temps ou en réaction contre son temps, l’écrivain s’inscrit dans la société qui l’entoure. Qu’il le veuille ou non, il est influencé par le goût du public, les canons esthétiques, la pensée philosophique du moment, les problèmes politiques, sociaux, éthiques et religieux de son époque, l’état de la science et de la civilisation en cours, etc. Dans ses œuvres, il traduit (parfois sans le savoir) les préoccupations de ses contemporains.

C’est ainsi que le courant littéraire peut être soit le reflet, soit le « catalyseur » d’une société et d’une époque données. Soit les jeunes artistes, en regardant l’héritage de leurs prédécesseurs comme un idéal à poursuivre, s’inscriront dans la lignée de ceux qui sont venus avant eux en tentant de faire mieux, de pousser plus loin les idées et l’esthétique de l’art et la littérature ; soit ils refuseront le legs des « anciens » et leur contestation donnera naissance à un autre courant en réaction au précédent. Il faut donc percevoir un courant comme une réponse neuve donnée par une jeune génération à une pratique littéraire antérieure.

L’intérêt du courant littéraire n’est pas de classer définitivement une œuvre, mais de donner un point de départ à l’analyse. Quand on sait, par exemple, qu’une œuvre se réclame du romantisme ou du réalisme ou qu’elle est qualifiée de courtoise ou d’épique, on peut commencer sa lecture par ce biais, quitte à changer plus tard. De la même façon, la division par siècles permet d’éviter les anachronismes : on ne peut pas lire Perceval comme on lit le Seigneur des Anneaux ni Tristan et Iseult comme on lit Roméo et Juliette. Il faut se servir de ces connaissances historiques et littéraires pour interpréter les textes, pour mieux les comprendre.

Il faut cependant être conscient que, malgré qu’on ait divisé l’histoire littéraire, à l’instar de l’histoire, en siècles, un courant littéraire ne commence pas nécessairement la première année d’un siècle et ne se termine pas nécessairement avec lui. Les courants chevauchent les époques, comme ils se chevauchent eux-mêmes (on peut probablement dire sans se tromper qu’il n’y a jamais un seul courant littéraire, mais qu’il y en a souvent un ou deux dominants – d’ailleurs, à partir du XXe siècle, il est de plus en plus difficile de distinguer les différents courants, sans doute parce que nous avons encore trop peu de recul critique par rapport à cette époque qui est encore la nôtre3). Il ne faut jamais oublier que la catégorisation de la littérature en différents courants est parfois arbitraire : ces repères ne demeurent en fait qu’un moyen pour orienter la lecture – quand on comprend mieux ce que dit un auteur et pourquoi il le dit, on a plus de plaisir à le lire.


1. D’ailleurs, on sait que la trame sonore, au cinéma, est plus qu’importante. Si on analyse un film, on doit absolument en tenir compte ; ne pas le faire serait comme omettre de tenir compte de la versification d’un poème ou d’une pièce de théâtre classique.
2. On a employé jusqu’au début du XXe siècle le mot cénacle pour désigner les regroupements étroits d’écrivains – qu’on pense aux jeunes peintres et écrivains romantiques regroupés autour de Victor Hugo ou aux hommes de lettres et aux artistes naturalistes qui ont suivi Courbet.
3. D’ailleurs, s’il arrive quelquefois que plusieurs auteurs, ayant les mêmes idéaux, partageant un même projet esthétique, se regroupent et se réclament d’un certain courant, il est plus fréquent qu’on détermine a posteriori les courants littéraires, puisque seul le recul permet de voir les constantes dans les œuvres d’une génération.