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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

« Analyse » est un mot qu’on entend régulièrement, dans une multitude de contextes : un plongeur analyse sa performance, un économiste financier analyse le marché, on étudie pour être programmeur-analyste, on analyse la situation politique régulièrement en temps de guerre, le médecin nous explique le résultat de nos analyses sanguines, quelqu’un a l’esprit d’analyse...

Mais l’analyse, c’est quoi au juste ?

La première définition que donne le Nouveau Petit Robert de l’analyse est l’« action de décomposer un tout en ses éléments constituants ». Quand il en donne une définition par disciplines (chimie, informatique), il en arrive à dire que c’est une « décomposition d’un problème posé pour en déceler les éléments constituants ». Si on va voir le mot « analyser », ce dictionnaire donne pour synonymes (entre autres) : disséquer, examiner, décortiquer, éplucher, étudier, expliquer.

Il faut donc comprendre que l’analyse est avant tout une opération intellectuelle de décomposition méthodique d’un objet (une peinture, un texte, une performance sportive, un marché boursier, un programme informatique, un comportement, une question d’examen, etc.) en ses éléments essentiels.

Ce n’est pas parce qu’on étudie la littérature qu’il faut voir l’analyse d’une façon plus complexe : c’est exactement la même opération intellectuelle dont il s’agit ; seulement, l’objet méthodiquement décomposé est un texte littéraire. On pourrait dire, en gros, que l’analyse littéraire est un écrit qui rend compte d’un texte littéraire ou d’un extrait de texte littéraire « de manière à [en] faire apparaître méthodiquement les éléments d’intérêt1 » pour le lecteur.

Et à quoi ça sert ?

Ce n’est pas pour rien que l’analyse semble toucher tous les domaines : c’est ce qui fait qu’on comprend. En effet, l’analyse permet d’établir des relations non explicites entre certains éléments, ce qui amène à dégager une image mentale, un schéma général. En fait, l’analyse permet de faire ressortir des liens qui permettent la compréhension de la mécanique d’un objet (qui, faut-il le répéter, peut être aussi varié qu’il est possible de se l’imaginer, du texte au virus en passant par un réseau de transport ou la structure d’un pont).
À son tour, cette compréhension personnelle peut s’avérer utile de différentes façons : cela peut nous permettre d’apprécier davantage l’objet, de l’expliquer à quelqu’un d’autre comme on se l’est soi-même expliqué, d’en dégager l’intérêt historique, scientifique, éthique, esthétique, etc.

En littérature, l’analyse est d’un apport inestimable, puisqu’elle permet, entre autres, de replacer le texte dans son contexte social et historique et de comprendre les idées, les concepts, les philosophies, la vision du monde qu’il véhicule malgré le temps qui s’est écoulé. Elle sert à faire comprendre et à faire apprécier le texte à un lecteur potentiel.

Un texte littéraire a deux composantes aussi importantes l’une que l’autre : la forme et le fond. Contrairement à un texte purement informatif ou descriptif, où seul le contenu compte, c’est le jeu entre le fond et la forme qui fait le texte littéraire (il ne faut pas oublier la préoccupation de l’esthétique qui entre dans la définition de la littérature). Malheureusement, ce jeu n’est pas toujours immédiatement apparent. C’est là qu’intervient l’analyse. Il arrive, par exemple, qu’on lise un texte où une armée de cent mille hommes combat contre une autre de vingt mille hommes seulement. Si on prend les chiffres au pied de la lettre sans voir l’hyperbole, on ne peut pas comprendre le massacre de la première armée par la seconde puisque cela semble tout à fait impossible – on trouvera alors le texte tout à fait ridicule, alors qu’il aurait fallu, tout simplement, voir la bravoure des guerriers de la seconde armée. Il arrive aussi que la forme et le fond s’opposent (dans une figure d’ironie ou une litote, par exemple). À ce moment-là, ce qui prime est la forme – c’est d’ailleurs le problème de ceux qui prennent l’ironie au premier degré : ils entendent le contraire de ce qu’ils devraient comprendre. Mais, prise toute seule, la forme ne signifie rien puisqu’elle se définit par rapport au fond : une litote prise sans son contexte, par exemple, est incompréhensible, parce qu’on ne sait pas quel sens donner aux mots, qui perdent alors toute valeur – que faire, par exemple, d’une réplique comme : « N’entre pas là-dedans, Ben, c’est assez inesthétique2 », si on ne sait pas qu’en fait, le personnage, barbouillé de sang et couvert de bouts de peau de quelqu’un qui vient d’être déchiqueté par une bombe posée dans un photomaton, est en train de décrire la scène à son ami pour l’empêcher d’être torturé par une telle vision d’horreur ? Ce genre d’opposition entre le discours d’un personnage et le contexte dans lequel il prend place ne ressort souvent qu’après une étude plus approfondie du passage lu et ne prend tout son sens qu’au bout de l’analyse – dans l’exemple précédent, une telle litote pourrait s’inscrire dans une analyse de l’humour noir de l’auteur, qui lui permet de faire la critique d’une société trop habituée à la violence. Ainsi, fond et forme sont indissociablement liés en littérature et ce n’est que par l’analyse qu’on peut faire ressortir la complexité et la beauté de leur relation.
En bout de ligne, l’analyse littéraire, pour faire apparaître les éléments d’intérêt du texte, se concentre sur trois questions3 auxquelles elle tente de donner réponse :

Qui ?

Cette question réfère à l’auteur du texte étudié. Produit de son époque, l’écrivain écrit sous l’influence du contexte social, politique et idéologique auquel il appartient.

S’il n’est pas nécessaire de présenter longuement l’auteur du texte à analyser, il est cependant nécessaire de bien expliquer le contexte éclaircissant des thèmes précis (par exemple, il faut absolument expliquer ce qu’est le phénomène de la courtoisie au Moyen Âge pour parler de fin’amor).


Quoi ?

D’une part, il faut replacer l’extrait dans l’œuvre dont il est tiré afin que le lecteur comprenne bien de quoi il est question. Cette mention peut être très brève.

D’autre part, et c’est là le plus important de l’analyse littéraire, il faut analyser le propos du texte : de quoi parle-t-il ? Il s’agit ici d’interpréter ce qui est dit dans l’extrait, pas de le répéter. Cette interprétation s’appuie sur une étude attentive des thèmes dominants traités par l’auteur dans l’extrait étudié.


Comment ?

Cette question aborde l’aspect formel du texte. La forme est un élément essentiel du texte littéraire. Cependant, le souci langagier n’est pas que pure recherche esthétique : c’est aussi un moyen sûr d’obtenir une plus grande efficacité.

Il s’agit donc ici de montrer comment l’auteur arrive à passer son message, de quelle manière il exprime ses idées : quelles sont ses stratégies d’écriture, qu’il s’agisse plus particulièrement des figures de style ou non.

Comme la façon d’écrire vient nécessairement appuyer le propos – c’est-à-dire que l’auteur se sert volontairement de l’exagération, par exemple, pour attirer l’attention du lecteur (vous) sur un détail important, qu’il amplifie afin de le rendre encore plus important –, il est essentiel de ne pas confiner leur étude à un paragraphe séparé de l’analyse thématique.


Comment ça marche ?

Comme il est certain qu’on ne peut analyser de la même façon une performance sportive, la reproduction d’une bactérie ou un texte d’opinion, nous nous concentrerons ici sur l’analyse du texte, puisque la lecture est, plus souvent qu’autrement, la première façon d’apprendre. Il faut donc comprendre que ce qui suit ne s’applique pas qu’à la lecture des textes littéraires, mais bien à tout type de texte.

Quand on a un texte à analyser, on ne peut pas le faire de n’importe quelle façon. Il convient d’abord de le survoler – regarder les titres et les sous-titres s’il y en a, les images, la quatrième page de couverture d’un livre, les encadrés, les graphiques, etc. – afin de se faire une idée générale de ce qu’on va lire. La lecture du texte doit ensuite être faite, mais pas n’importe comment : il est important d’utiliser des stratégies de lecture. Il ne faut pas oublier, en effet, que le but de l’analyse est la compréhension du texte. C’est une bonne idée que de travailler paragraphe par paragraphe – c’est la meilleure façon de ne pas se perdre dans le texte. Il est aussi important de lire avec un crayon, c’est-à-dire non seulement de chercher dans le dictionnaire les mots inconnus qui empêchent la lecture, mais de relever les mots clés, les phrases qui expriment une idée importante et de laisser des marques dans le texte, en utilisant les marges pour mettre des commentaires, des mots qui résument le thème principal, les figures de style importantes, etc. Il ne faut cependant pas abuser du surligneur : si tout est souligné dans un paragraphe, que pourrez-vous en retenir ? Il est donc important que vous vous posiez des questions en lisant le texte que vous avez à analyser. De quoi l’auteur parle-t-il dans ce paragraphe ? (On voit alors apparaître les thématiques abordées.) Comment en parle-t-il ? (C’est le lien qu’il faut faire entre la forme et le fond, en montrant comment le style de l’auteur sert son propos.) Qu’en dit-il ? Pourquoi dit-il cela ? (C’est l’explication du texte par le contexte sociohistorique et les autres connaissances littéraires.)

Pour pouvoir analyser le texte, il faut en cerner le sujet. C’est pourquoi il est suggéré de le résumer en fonction des thèmes principaux qu’il aborde. Il ne faut pas oublier que le résumé n’est pas un début d’analyse : ce sont des données factuelles sur le texte. Autrement dit, on en dégage les grandes lignes sans interprétation – c’est l’essentiel du propos de l’auteur qu’on restitue dans nos mots. Si le texte a une certaine longueur, il peut être intéressant, avant d’en faire le résumé global, d’en résumer chacun des paragraphes ou chacune des parties en une ou deux phrases.

Une fois le résumé terminé, on peut commencer l’analyse proprement dite. Mais par où commencer ? Il convient d’abord de définir la problématique si on ne nous l’a pas donnée d’avance. Elle constituera la ligne directrice de la seconde lecture. Si on a déjà un énoncé, il s’agit alors de bien le comprendre, afin de savoir exactement comment relire le texte, la problématique proposée devant guider la lecture afin de produire une démonstration appropriée. En effet, cette deuxième lecture, où on portera une attention particulière aux passages qu’on a annotés, devra être plus « étroite » que la première, puisque c’est celle-là qui permettra de faire le tri parmi les éléments importants du texte et d’établir des liens entre eux (par exemple, on peut voir une corrélation entre la page 4 et la page 25 qui, toutes deux, abordent des thèmes connexes). C’est aussi cette relecture qui permettra de faire des liens avec des concepts provenant d’autres sources (contexte sociohistorique, autres écrits de l’auteur, films, etc.). C’est le temps de regrouper les éléments semblables qu’on a ressortis du texte.

S’il faut produire une analyse écrite, il est important de structurer d’abord l’information qu’on a ressortie. C’est l’étape du plan. Dans une analyse littéraire, le plan prend soin de ne pas diviser l’étude du contexte, l’étude du contenu (thèmes) et l’étude de la forme. Il s’agit plutôt d’allier ces divers éléments afin de montrer comment les manifestations contextuelles, thématiques et stylistiques agissent conjointement, s’appuient mutuellement pour produire le sens global du texte. Il faut toujours avoir présent à l’esprit que l’étude thématique demeure le centre de l’analyse littéraire. Il n’est pertinent de relever les éléments contextuels et stylistiques d’un extrait que dans la mesure où ils viennent éclairer les thèmes développés par l’auteur.

S’il n’existe pas de plan miracle d’analyse adaptable à tous les textes et à toutes les problématiques, il convient cependant de respecter le plan traditionnel en trois parties : introduction, développement, conclusion. L’introduction sert à amener le sujet de l’analyse, à le poser et à annoncer les aspects qu’on abordera (c’est-à-dire chacune de nos idées principales). Le développement est divisé en paragraphes. Chacun présente une idée principale, qu’on approfondit à l’aide d’explications et qu’on développe à l’aide d’idées secondaires, elles-mêmes appuyées de preuves (des citations tirées du texte). L’essence de l’analyse s’y trouve. C’est là qu’on rend explicite les liens implicites qu’on avait faits dans les regroupements suivant la deuxième lecture, qu’on présente notre façon de comprendre le texte. La conclusion sert à reprendre pour le lecteur les grandes lignes de notre analyse et à lui donner des pistes de réflexion supplémentaires.

Il est d’une importance capitale de prévoir une progression logique à son texte. On ne peut pas dire n’importe quoi n’importe comment. Il est certain qu’on ne peut pas toujours dire tout ce qu’on a trouvé : il faut choisir ce qui est pertinent à notre analyse et abandonner le reste. Ainsi, les informations contextuelles étant, à la limite, infinies, on ne doit retenir que celles qui aident à une meilleure compréhension du texte lui-même. De même, faire un relevé détaillé des différentes figures de style dans un extrait offre, en soi, peu d’intérêt : il s’agit d’évaluer comment le style privilégié par l’auteur a contribué au sens, comment la manière de dire lui a permis de dire mieux, de dire plus.

Mais que faut-il analyser et quand ?

L’analyse est utile quand on se trouve devant un problème complexe : on ne perdra pas son temps à analyser quelque chose de simple comme un article de journal de 25 lignes ou la façon de faire le plein d’essence de sa voiture. Par contre, on va analyser la structure cellulaire d’un virus, un texte de psychanalyse, la structure d’une voiture avant sa mise en production, les fluctuations du marché boursier, etc. En fait, il faut analyser ce qu’on ne comprend pas du premier coup ou quand on a l’impression que notre compréhension est fausse ou incomplète.

Le monde nous présente sans cesse des problèmes qu’on analyse de façon inconsciente. Mais on se sert de l’analyse quand on rend consciente cette démarche pour voir plus loin que l’évidence. Et, est-il besoin de l’affirmer ici, la littérature ne se contente jamais de dire l’évidence.


1. PARDON, Paul, et Michel BARLOU, Le Commentaire de texte au baccalauréat, cité par Vital GADBOIS dans Écrire avec compétence au collégial, Montréal, La lignée, 1994, p. 101.
2. Daniel PENNAC, Au bonheur des ogres, Paris, Gallimard (Folio), 1985, p. 139.
3. Adaptées de Marie-Josée NOLET (H-1997) et de Denise BESSETTE et Luc LECOMPTE [s.d.].