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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach
Texte reproduit avec l'aimable autorisation de Sophie Martel, étudiante au cégep de Drummondville.
© Sophie Martel, 2007


Le XIXe siècle a été marqué par maints bouleversements historiques et culturels. C’est d’ailleurs à cette époque que de nouvelles visions du monde et de la vie sont nées. Afin de transposer leur perception des choses, plusieurs artistes ont choisi d’utiliser la poésie. Ainsi, différents courants littéraires comme le romantisme, auquel on peut associer le célèbre auteur Alfred de Musset, de même que le symbolisme, principalement utilisé par Baudelaire, se sont grandement démarqués. Sur de nombreux sujets, Musset et Baudelaire ne partageaient pas la même opinion, et l’amour en faisait partie. Tout d’abord, influencé par sa vision romantique, Musset avait tendance à être optimiste et cela se reflétait dans ses poèmes. Ensuite, Baudelaire, étant un symboliste, véhiculait dans ses œuvres sa vision davantage pessimiste et obscure.

Dans un premier temps, sous l’influence du romantisme, Alfred de Musset avait tendance à imprégner ses poèmes de sa vision optimiste. En effet, l’amour y était présenté comme étant une passion élévatrice. Par exemple, dans son poème « À Ninon », il est évident que l’auteur souligne la pureté de l’amour :

Si je vous le disais, qu’une douce folie
A fait de moi votre ombre, et m’attache à vos pas (v. 11-12).

Dans cet extrait, l’auteur associe l’amour à une douce folie. Il faut comprendre que, grâce à l’emploi de ces termes, il voulait véhiculer sa vision positive de l’amour. Il montre que l’amour dont est épris le personnage échappe au contrôle de sa raison, car celui-ci aime et c’est plus fort que lui. L’auteur souligne donc la passion qui habite le personnage de son poème, en mentionnant qu’il aime passionnément, éperdument et à la folie la femme dont il est question. Lorsqu’il dit que cet amour « a fait de moi votre ombre », il voulait insister encore plus sur le fait que l’amour qu’éprouvait cet homme était hors de son contrôle et qu’il n’avait donc pas le pouvoir de faire autrement que de suivre, comme son ombre, sa bien-aimée. On ne peut se détacher de son ombre de la même façon qu’il ne pouvait se détacher de son amour pour elle. De plus, l’opinion de Musset par rapport à la femme était aussi teintée de son optimisme. L’auteur percevait la femme comme une déesse :

Ninon, vous êtes fine, et votre insouciance
Se plaît, comme une fée, à deviner d’avance (v. 8-9).

Dans ce passage, Musset attribue le qualificatif de « fine » à la femme qu’il aime et vénère, mais, en fait, cela ne dévoile pas tout le bien qu’il pense d’elle. Pour lui, cette femme est tout simplement parfaite. De plus, l’auteur compare l’insouciance de cette femme à une fée. Cette image illustre bien la vision que ce dernier a de la femme. En effet, une fée symbolise un être imaginaire doté de pouvoirs surnaturels. Selon Musset, la femme dont il est question dans ce poème a donc l’esprit et l’adresse des fées. Enfin, l’insouciance qui d’ordinaire entraîne de l’imprévoyance est présentée à l’opposé de son sens habituel. Ce contraste suppose l’image divinisée que Musset a de la femme. Somme toute, la vision de l’amour d’Alfred de Musset est teintée des idéologies véhiculées par le romantisme.

Pour sa part, Charles Baudelaire, qui était, quant à lui, grandement influencé par le courant symboliste avait tendance à être pessimiste. Cela était, entre autres, perceptible lorsqu’il parlait de l’amour. Dans son poème « Une nuit que j’étais près d’une affreuse Juive », il illustre bien le fait qu’il voyait l’amour comme une passion destructrice et cruelle :

Une nuit que j’étais près d’une affreuse Juive,
Comme au long d’un cadavre, un cadavre étendu,
Je me pris à songer près de ce corps vendu
À la triste beauté dont mon désir se prive (v. 1-4).

Dans ces quelques vers, l’amour est présenté comme une déchéance et un sentiment obscur. Effectivement, l’auteur n’utilise pas en vain, et à deux reprises, le terme « cadavre ». Il souligne donc l’importance de ce mot, puisqu’il évoque bien la vision un peu morbide que lui inspire l’amour. En plus de cela, l’auteur affirme être habité d’un désir en songeant à la triste beauté d’une femme. Grâce à cela, il exprime la connotation sexuelle qu’il attribue à l’amour. Enfin, dans cette strophe, l’auteur exprime le côté cruel et destructeur de l’amour lorsqu’il fait référence à la privation d’un désir. Dans un autre ordre d’idées, Baudelaire considérait la femme comme une irrésistible démone. Cette opinion était évidemment en lien direct avec sa vision pessimiste de l’amour :

Tu pouvais seulement, ô reine des cruelles!
Obscurcir la splendeur de tes froides prunelles (v. 13-14).

Dans cet extrait, Baudelaire présente bel et bien la femme comme une cruelle créature. En fait, il utilise même le qualificatif de « reine » pour insister sur cet aspect. L’auteur montre donc que la femme en question était sans doute la plus cruelle d’entre toutes. L’auteur mentionne également la magnificence des froides prunelles de cette femme pour montrer à quel point elle est irrésistible. Grâce à cela, il souhaite aussi évoquer l’inaccessibilité de la femme, car la froideur est le symbole de quelque chose d’intouchable. Bref, la vision de l’amour de Charles Baudelaire est empreinte de l’idéologie symboliste de son époque.

Alfred de Musset et Charles Baudelaire ne s’entendaient donc pas au sujet de l’amour. Leur vision différente de ce sujet découlait en fait de l’influence du courant romantique ou symboliste. Musset, un romantique, avait une vision davantage optimiste de l’amour et des femmes. Au contraire, Baudelaire, un symboliste, avait une opinion plus pessimiste sur ces sujets. Aujourd’hui encore, l’homme demeure ambivalent face à l’amour. Craignant de souffrir à cause de l’amour, il tente malgré tout, toute sa vie durant, de le trouver.