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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach
Texte reproduit avec l'aimable autorisation de Joannie Houle Beaudoin, étudiante au cégep de Drummondville.
© Joannie Houle Beaudoin, 2007


Le fantastique est un genre littéraire assez vague, il englobe plusieurs thèmes qui sont traités de façons plus ou moins différentes selon les auteurs et les courants littéraires. En effet, Omphale de Théophile Gautier et Apparition de Guy de Maupassant sont toutes deux du genre fantastique, mais elles traitent de sujets différemment de sujets semblables puisqu’elles se rapportent à des courants différents : le romantisme et le réalisme. Il sera donc question des similitudes de ces deux nouvelles fantastiques et de leurs différences.

La plus grande similitude qui unit ces deux nouvelles est le genre fantastique. En effet, Omphale et Apparition en ont plusieurs des caractéristiques. On peut remarquer que les personnages principaux doutent constamment de la réalité : « Il me sembla que les yeux d’Omphale avaient remué […] Je crus voir qu’elle avait tourné la tête en sens inverse. » (Omphale, p. 72), « Je crus entendre ou plutôt sentir un frôlement derrière moi. Je n’y pris point garde, pensant qu’un courant d’air avait fait remuer quelque étoffe. » (Apparition, p. 107). Dans chaque nouvelle, les auteurs utilisent constamment les mots du doute : « il me sembla que » ou « je crus entendre ». De cette façon, il font ressentir au lecteur le même doute permanent que le personnage. Il n’y a donc jamais de certitude. Dans Omphale, la femme du tableau vient visiter le personnage principal chaque nuit. Le héros, le matin venu, s’interroge toujours sur la réalité de ces apparitions, mais le doute persiste, car certains éléments portent à croire qu’Omphale est bien réelle; les rideaux ouverts le matin alors qu’ils étaient fermés le soir en sont un bon exemple (p. 75). Aussi, son oncle fait retirer la tapisserie du mur, car il « savait tout » (p. 77). S’il savait tout, c’est donc que la femme était bien réelle. Tout comme dans Omphale, le personnage principal d’Apparition doute constamment. Il a toujours l’impressions qu’il hallucine ou qu’il rêve. De retour chez lui, il s’interroge encore et suppose qu’il a « été le jouet d’une hallucination » (p. 108) jusqu’au moment où il découvre « de longs cheveux de femme qui s’étaient enroulés aux boutons » (p. 108) de son dolman. Une fois de plus le héros se voit forcé d’admettre que son aventure était peut-être plus réelle qu’il ne le croyait. Sa peut était justifiée. D’ailleurs, le thème de la peur, caractéristique du fantastique, est très présent dans ces deux nouvelles : « Je crois qu’il n’est pas nécessaire de raconter ma stupéfaction. Le vieux militaire le plus intrépide n’aurait pas été trop rassuré dans une pareille circonstance » (Omphale, p. 74), « L’âme se fond; on ne sent plus son cœur; le corps entier devient mou comme une éponge, on dirait que tout l’intérieur de nous s’écroule » (Apparition, p. 107). Dans Omphale, la peur n’est pas présente tout au long du récit, mais elle a tout de même une grande importance. Le personnage se sent devenir un homme et il ne veut pas avoir peur. L’auteur compare même le jeune homme à un vieux militaire pour montrer à quel point son héros a été courageux. En disant que même le vieux militaire aurait été effrayé, il amplifie l’impact sur le lecteur. Dans la nouvelle de Maupassant, la métaphore de l’âme qui se fond exprime bien le sentiment de peur intense du personnage tout au long de la nouvelle. Dans Apparition, c’est ce sentiment qui crée l’ambiance fantastique. Omphale et Apparition affichent donc de nombreuses ressemblances, mais les différences qui les divisent sont évidentes malgré tout.

Puisque les courants auxquels ces nouvelles appartiennent sont différents, il est logique que les textes soient différents sur plusieurs points, car l’un est romantique, Omphale, et l’autre, Apparition, réaliste. Le ton des nouvelles a un lien direct avec le courant littéraire. Le ton d’Omphale est plus volontiers badin tandis que celui d’Apparition est en général plus neutre : « Il ne serait peut-être pas inutile pour rendre plus vraisemblable l’invraisemblable histoire que je vais raconter, d’apprendre à mes belles lectrices qu’à cette époque j’étais en vérité un assez joli garçon » (Omphale, p. 72), « Je vais vous dire l’aventure telle qu’elle, sans chercher à l’expliquer […] Voici les faits tout simples. » (Apparition, p. 105). Dans Omphale, Gautier parle directement à ses « belles lectrices », il fait des commentaires personnels. Il cherche à donner une image héroïque du personnage principal, il idéalise le « joli garçon » qu’il était. Il amplifie tout. Aussi, pour augmenter l’effet de ce commentaire, il utilise l’antithèse entre « vraisemblable » et « invraisemblable ». Il tente ainsi de convaincre ses « belles lectrices » par son style de la véracité de ses propos plutôt que par des faits. Maupassant fait tout le contraire. Maupassant utilise un vocabulaire neutre et simple. Il tente d’être le plus juste possible et de rendre son récit réaliste à l’aide de faits qui tendent à l’objectivité. Le vocabulaire est d’ailleurs un élément important de différenciation des deux récits. Alors que tous deux traitent de sujets similaires, Gautier et Maupassant décrivent les cheveux de l’apparition, par exemple, de façon tout à fait différente. Gautier est plus subjectif : « ses beaux cheveux blond cendré avec un œil de poudre descendaient nonchalamment le long de son cou souple et onduleux comme un cou de colombe. » (Omphale, p. 70), alors que Maupassant est plus objectif : « Ses cheveux dénoués, très longs, très noirs, me semblait-il, pendaient par-dessus le dossier du fauteuil et touchaient la terre » (Apparition, p. 108). Gautier ne fait pas que décrire les cheveux de la femme, il en disserte. Il les décrit de long en large avec un vocabulaire qui fait appel aux sentiments. Il cherche à suscite l’émotion de ses lecteurs à l’aide de comparaisons, comme « son cou de colombe ». Gautier, en comparant ainsi le cou d’Omphale à celui, d’un blanc immaculé, d’une colombe exprime sa perfection. Maupassant, pour sa part, ne cherche pas tant à susciter l’émotion par le style que par l’imagination. En utilisant un vocabulaire neutre, il laisse l’imagination du lecteur voyager plus loin. En décrivant presque froidement les cheveux de la femme, Maupassant crée une ambiance plus froide, donc plus propice à la peur.

Finalement, même si les nouvelles Omphale et Apparition sont différentes par le ton et le vocabulaire, leurs similitudes vont au-delà des thèmes de la remise en question de la réalité et de la peur, car elles réussissent, chacune à sa façon, à toucher le lecteur et à lui faire découvrir l’univers du fantastique.