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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach
Texte reproduit avec l'aimable autorisation de Catherine Cormier, étudiante au cégep de Drummondville.
© Catherine Cormier, 2006


Le XVIIe siècle, c'est le siècle classique, le siècle de Louis XIV, mais c'est aussi le siècle de Molière, dramaturge au nom à jamais uni à la langue française comme celui de Shakespeare à l'anglaise. S'il a si bien survécu au passage du temps, c'est que ses comédies ne se cantonnent pas dans la farce, mais servent à aussi à critiquer des types: l'avare, la précieuse, le vieillard libidineux, le noble, le bourgeois... Cette critique souvent mordante, loin de hâter le vieillissement d'une oeuvre dans laquelle on serait en droit de s'étonner que le public se reconnaisse, lui conserve au contraire toute son actualité. Dans le Bourgeois gentilhomme, Molière s'exprime sur l'idéal de la société de son temps : l'honnête homme, idéal différent de ceux d'aujourd'hui, peut-être, mais servant à mettre en lumière des défauts fort communs. De manière comique, il décrit deux hommes se prenant pour ce qu’ils ne sont pas, c'est-à-dire des personnes de qualité. Se croyant au-dessus de tout le monde et se donnant un air, Dorante et M. Jourdain, ridiculisent les gens qui changent de personnalité afin d'entrer dans les critères de sélection de la société. Exagérant leurs défauts tels que la vanité, la malhonnêteté, la flatterie et la manipulation, Molière dénonce l'hypocrisie et montre la vraie nature de ces deux personnages.

L'honnête homme n'est pas flatteur, car il reste toujours naturel. Dans cette comédie-ballet qu’est le Bourgeois gentilhomme, Molière critique ses contemporains et leur manière mesquine de vanter les mérites de quelqu'un afin d'obtenir quelque chose. À l'aide du personnage de Dorante qui ment à M. Jourdain, il montre à quel point ils sont loin d'être des honnêtes hommes :

Dorante : Comment, Monsieur Jourdain ? Vous voilà le plus propre du monde !
M. Jourdain : vous voyez.
Dorante : Vous avez tout à fait bon air avec cet habit et nous n'avons point de jeunes gens à la cour qui soient mieux faits que vous.
M. Jourdain : Hay, hay.
Mme Jourdain : (à part) Il le gratte par où il se démange.

Avec cet extrait, Molière, utilisant un comique de mots, fait rire, mais aussi réfléchir. En effet, le sous-entendu de Mme Jourdain à la fin de l'extrait est comique, mais il aide aussi à voir comment les intentions de Dorante sont faciles deviner. Flattant M. Jourdain car il veut encore lui emprunter une grosse somme d'argent, Dorante veut être certain d'obtenir ce qu'il veut. Et puisque tout le monde sait que M. Jourdain est vaniteux, il est clair qu'il parviendra à ses fins. Le mélange de tons entre Dorante et Mme Jourdain montre aussi que M. Jourdain et naïf, tous s'en rendent compte. Poussant la flatterie à l'extrême, Dorante ment à son débiteur en lui disant qu'il a un bel habit alors qu’il est affreux. Cette vanité de M. Jourdain l'éloigne malheureusemen,t lui aussi ,de l'idéal de l'honnête homme :

Mme Jourdain : (bas, à M. Jourdain) Il vous sucera jusqu'au dernier sou.
M. Jourdain : (bas, à Mme Jourdain) Vous tairez-vous ?
Dorante : J’ai force gens qui m’en prêteraient avec joie, mais comme vous êtes mon meilleur ami, j'ai cru que je vous ferais tort en en demandant à quelque autre.
M. Jourdain : C’est trop d’honneur, Monsieur, que vous me faites. Je vais quérir votre affaire.
Mme Jourdain : (bas, à M. Jourdain) Quoi? Voua allez encore lui donner cela?
M. Jourdain : (bas, à Mme Jourdain) Que faire? Voulez-vous que je refuse un homme de cette condition-là, qui a parlé de moi ce matin dans la chambre du Roi?
Mme Jourdain : (bas, à M. Jourdain) Allez, vous êtes une vraie dupe!

Aveuglé par les flatteries de Dorante, M. Jourdain est tout fier de lui prêter encore de l'argent. Le mélange de tons encore présent entre Dorante et Mme Jourdain montre que M. Jourdain préfère entendre de belles choses sur sa personne plutôt que d'écouter la logique. Dorante lui disant qu'il a parlé de lui dans la chambre du roi, probablement un mensonge, rend Jourdain si fier de lui-même qu'il serait prêt à lui donner toute sa fortune. Ce dialogue, les sous-entendus et le comique de mots sont en fait une métaphore montrant à quel point l'argent peut permettre d'obtenir ce que l'on veut, lorsque l'on est tout le contraire d'un honnête homme.

En effet, un honnête homme n'est pas du tout attaché à l'argent et il reste franc en toutes circonstances. Molière prouve que Dorante est tout le contraire. Profiteur, celui-ci se sert des autres, plus particulièrement de M. Jourdain, pour combler ses propres besoins :

Dorante : Somme total est juste : quinze mille huit cents livres. Mettez encore deux cents pistoles que vous m’allez donner. Cela fera justement dix-huit mille francs, que je vous paierai au premier jour.
Mme Jourdain : (bas, à M. Jourdain) Eh bien! ne l’avais-je pas bien deviné?
M. Jourdain : (bas, à Mme Jourdain) Paix!
Dorante : Cela vous incommodera-t-il de me donner ce que je vous dis?
M. Jourdain : Eh non!
Mme Jourdain : (bas, à M. Jourdain) Cet homme là fait de vous une vache à lait.

Dorante, qui a déjà emprunté une somme importante à Monsieur Jourdain et qui ne la lui a pas encore remboursée, demande un nouveau prêt. Mais il ne le fait pas poliment, car on voit bien que c'est une exigence au lieu d'une simple requête. La répétition de situation, Dorante qui emprunte encore et encore de l'argent à M. Jourdain, montre que ce profiteur n'a rien d'un honnête homme, qu'il tient vraiment pour acquis que monsieur Jourdain va lui prêter la somme. Le fait qu'il reporte l'échéance de remboursement ajoute un sous-entendu au comique de mots de l'extrait. Dorante voit bien que M. Jourdain est naïf et qui lui donnera toujours ce qu'il veut. Donc, lorsqu'il lui « demande » une nouvelle somme, il est sarcastique puisqu'il connaît déjà la réponse. Le mélange tons revient encore une fois : Mme Jourdain comprend tout et son mari, non. Il ne voit pas à quel point sa femme a raison ni que Dorante profite vraiment de lui. Autre chose encore permet de voir que M. Jourdain et Dorante ne sont pas du tout des honnêtes hommes : ils ne sont pas probes. En effet, l'idéal de cette société n'est pas aussi malhonnête qu’eux et il ne pense pas non plus que l'argent peut tout acheter, contrairement à ces deux hommes :

Dorante : vous avez pris le bon biais pour toucher son cœur : les femmes aiment surtout les dépenses qu’on fait pour elles; et vos fréquentes sérénades, et vos bouquets continuels, ce superbe feu d’artifice qu’elle trouva sur l’eau, le diamant qu’elle a reçu de votre part, et le cadeau que vous lui préparez, tout cela parle bien mieux en votre faveur que toutes les paroles que vous auriez pu lui adresser vous-même.
M. Jourdain : Il n’y a point de dépenses que je ne fisse si par là je pouvais trouver le chemin de son cœur. Une femme de qualité a pour moi des charmes ravissants, et c’est un honneur que j’achèterais au prix de toute chose.

Pensant que l'argent lui permet de tout obtenir, M. Jourdain est certain que tous ses cadeaux vont séduire Dorimène. Il est aussi attiré vers elle pour des raisons superficielles : c'est une dame de qualité. Molière montre aussi que Dorante n'est pas meilleur que son interlocuteur dans ce passage, alors qu'il exagère de beaucoup les bénéfices de l'argent. Dorante est aussi malhonnête que Jourdain, qui veut tromper sa femme afin d'avoir une meilleure condition sociale, car il encourage celui-ci à dépenser pour courtiser lui-même la dame. La présence de répétitions – M. Jourdain qui aime les gens de qualité – ajoute au comique de mots qui rend le passage léger, mais qui permet aussi de mieux voir la critique de la société.

Tout ceci amène donc le fait que Dorante et M. Jourdain ne sont pas du tout des honnêtes hommes. Flatteurs, vaniteux, profiteurs et malhonnêtes, ils nous prouvent à plusieurs reprises dans le Bourgeois gentilhomme qu’ils sont bien loin de cet idéal. Malheureusement, il y aura toujours des gens qui se prendront pour ce qu’ils ne sont pas et qui se feront prendre au jeu d’un monde auquel ils n’appartiennent pas.