Accueil

 

Le Moyen Âge

La Renaissance 

Le XVIIe siècle

Le XVIIIe siècle

Le XIXe siècle

Le XXe siècle


Théorie littéraire

Genre et courant littéraires

Analyse littéraire

Paragraphe fermé

Marqueurs

Figures de style

Lire la poésie

Lire le théâtre

Analyses

Nicolas Fouquet

Baudelaire et Musset

Gautier et Maupassant

Le Bourgeois gentilhomme

Vie de Molière

Thérèse Raquin

Thérèse Raquin 2

Blogue

Courriel

© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach
Texte reproduit avec l'aimable autorisation de Sophie Martel étudiante au cégep de Drummondville.
© Sophie Martel, 2007


Période caractérisée par les nombreux changements apportés à la société française, la deuxième moitié du XIXe siècle fut bouleversée, entre autres, par l’avènement du Second Empire. En effet, ce régime favorisera une véritable révolution industrielle au cœur de la France grâce à la mécanisation. De toute évidence, le progrès industriel devait avoir des répercussions notables sur l’ensemble du pays. L’appât du gain faisant son œuvre, la société française se métamorphose en société de consommation à l’image de la société moderne. Avec la naissance de cette nouvelle ère arriva le courant réaliste, qui avait notamment pour but de critiquer les mœurs. Dans maintes œuvres réalistes ou naturalistes, on peut constater que les motivations des personnages ne sont pas des plus honorables ni des plus altruistes. Ainsi, dans le roman Thérèse Raquin, écrit par Émile Zola, les personnages agissent selon les théories associées au courant que privilégiait l’auteur. Thérèse Raquin, par exemple, agit conformément aux mœurs que dépeint habituellement le courant et Laurent, son amant, fait de même.

Le personnage principal du roman agit, en effet, selon les théories que préconise le réalisme. Dans ce courant littéraire, l’égoïsme est le moteur premier de la plupart des personnages. Il est aisé de remarquer que, lorsque Thérèse souhaite se marier avec Laurent, ses motivation ne tiennent compte que d’elle-même : « Thérèse désirait uniquement se marier parce qu’elle avait peur et que son organisme réclamait les caresses violentes de Laurent. Elle était en proie à une crise nerveuse qui la rendait comme folle. À vrai dire, elle ne raisonnait guère, elle se jetait dans la passion, l’esprit détraqué par les romans qu’elle venait de lire » (XVIII, p. 163). Dans cet extrait, il est clair que Thérèse est déterminée à se marier simplement pour retrouver une existence plus calme. Continuellement hantée par le fantôme de son défunt mari, elle est plongée dans la peur et l’angoisse toutes les nuits. À la recherche d’un moyen pour faire cesser ses hallucinations et se sentir en sécurité, elle croit qu’épouser Laurent constitue l’unique solution pour avoir enfin l’esprit tranquille. Par conséquent, elle agit en ne pensant qu’à elle-même. Elle veut d’abord et avant tout rétablir son bien-être. La présence de ce trait de caractère s’explique par le courant auquel appartient le roman. Comme l’égoïsme était un défaut fort commun de la société française du XIXe siècle, les auteurs réalistes souhaitaient critiquer ce vice en l’intégrant à leurs histoires. Inspirés par le contexte social, ils présentent donc souvent des personnages égocentriques.

De plus, le réalisme critiquait souvent la prévalence de l’hypocrisie dans les relations. Thérèse, par exemple, fait preuve d’hypocrisie lorsqu’elle joue la comédie pour arriver à se marier avec Laurent sans éveiller le moindre soupçon : « Thérèse avait pris une attitude morne et désespérée, qui, au bout de quelques jours, inquiéta Mme Raquin. La vieille mercière voulut savoir ce qui attristait ainsi sa nièce. Alors, la jeune femme joua son rôle de veuve inconsolée avec une habileté exquise; elle parla d’ennui, d’affaissement, de douleurs nerveuses, vaguement, sans rien préciser. » (XIX, p. 167). Dans ce passage, pour arriver à ses fins, Thérèse fait appel à ses talents de comédienne – que son enfance malheureuse a développés. Effectivement, pour mieux convaincre son entourage de la nécessité d’une union avec Laurent, elle leur ment pour les manipuler et ainsi leur faire croire que l’idée de la marier à Laurent vient d’eux. Cette hypocrisie n’est pas nouvelle dans la personnalité de Thérèse Raquin. En effet, toute son éducation lui a appris les bénéfices de la tromperie. Son côté malhonnête s’était déjà manifesté dans les premiers chapitres du roman, notamment par l’adultère et par l’assassinat de Camille. Que ce soit pour s’évader de sa vie qui la rend triste, pour échapper aux sanctions de la loi ou pour camoufler la vérité de sa trahison à son entourage, elle n’hésite pas à être hypocrite. L’auteur, Zola, créa le personnage dans l’optique de critiquer la société, car tout comme Thérèse, les motivations de bon nombre de gens sont associables à l’hypocrisie. Étant donné que le réalisme puisait son inspiration dans le réel, Émile Zola utilisa les mœurs de la société française de son époque pour donner vie à ses personnages. Bref, il est facile de comprendre que Thérèse agissait selon les théories réalistes, mais ce n’est pas le seul personnage du roman à le faire.

En effet, Laurent, l’amant de Thérèse, est habité de motivations tout à fait conformes aux caractéristiques du réalisme. Comme l’égoïsme fait partie des mœurs que critiques les auteurs réalistes, il n’est pas surprenant de constater que Laurent souhaite se marier uniquement dans le but d’améliorer sa situation et de bénéficier d’une meilleure qualité de vie : « Pour se bien prouver que son mariage était nécessaire et qu’il allait enfin être parfaitement heureux, pour dissiper les craintes vagues qui le prenaient, il refaisait tous les calculs d’autrefois » (XVIII, p. 163). Dans cet extrait, l’auteur montre que les motivations du personnage à l’égard de son mariage avec Thérèse manifestent son égoïsme. Ce qui pousse Laurent à épouse Thérèse n’est pas de l’amour. Il veut plutôt assurer son propre confort et ainsi combler tous ses besoins, assurer ses jouissances personnelles. Grâce aux motivations de ses personnages, l’auteur permet aux lecteurs de reconnaître le trait de caractère égoïste. Reflétant la société du XIXe siècle, le réalisme critiquait la quête obstinée du profit au détriment de toute autre considération. Laurent, un être égocentrique et cupide, cherche toujours les avantages qu’il pourrait tirer de diverses situations et le mariage avec Thérèse en est un exemple. Il considérait bénéficier de divers avantages, comme les petites attentions que lui accorderait Mme Raquin, son argent et enfin la sécurité avec Thérèse. Émile Zola dresse donc le portrait d’une société égoïste et mercantile. Mais, tout comme Thérèse, Laurent n’est pas seulement centré sur lui-même, il est aussi dissimulateur. Son hypocrisie ressort particulièrement lorsque, tout comme Thérèse, il joue la comédie à son entourage dans le but de faire germer l’idée du mariage : « Laurent avait pris le rôle d’homme sensible et serviable. Il était aux petits soins pour les deux femmes, surtout pour Mme Raquin, qu’il comblait d’attentions délicates. Peu à peu, il se rendit indispensable dans la boutique; lui seul mettait un peu de gaieté au fond de ce trou noir. » (XIX, p. 170). Puisque le réalisme s’inspire du contexte social de l’époque et qu’il faut voir en Laurent un type, les motivations du personnage montrent que l’hypocrisie était un défaut fort répandu. Les diverses motivations de Laurent devant le mariage sont donc représentatives des motivations générales de la société que décrit Zola. Laurent n’agit pas par altruisme lorsqu’il vient en aide aux deux femmes, il adopte plutôt ce comportement pour mieux atteindre ses objectifs. Ainsi grâce à de nombreux mensonges, il parvient à tromper son entourage et à atteindre son but. Pour lui, comme pour tous les autres, la fin justifie les moyens.

À la lumière de tout ce qui précède, il est évident que la motivations qui poussent les personnages de Thérèse Raquin à agir sont bel et bien conformes aux théories réalistes ou naturalistes. Thérèse et Laurent sont caractérisés par leur égoïsme et leur hypocrisie, deux vices que dénoncent les auteurs réalistes. Le portrait que le roman trace de la société française du XIXe siècle n’est pas flatteur et l’on comprend, bien que ce ne soit jamais écrit explicitement, que l’auteur critique les mœurs de son époque – ou la perception qu’il en a. S’il était le seul à le faire, on serait en droit d’être sceptique, mais comme nombre de ses contemporains traitent du même sujet, comme Balzac dans le Père Goriot, par exemple, il devient plus difficile de défendre l’idée d’une société où régnaient la liberté, l’égalité et la fraternité.