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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach
Texte reproduit avec l'aimable autorisation d'Annabelle Dufour, étudiante au cégep de Drummondville.
© Annabelle Dufour, 2007


Le dix-neuvième siècle fut le témoin du début d’une ère nouvelle, l’industrialisation. La mécanisation des appareils de travail, le prolétariat et l’amélioration des moyens de transport marquent cette époque. Cette vague de changements apporta son lot d’influences sur les arts, et sur la littérature en particulier. À mesure que la société change, les auteurs se révoltent contre les courants littéraires existants. Le réalisme et le naturalisme s’opposent donc au romantisme, trop lyrique. Émile Zola fut l’une des figures marquantes du naturalisme. Ainsi, son récit Thérèse Raquin, publié en 1867, est assez typique de ce courant littéraire. Les motivations des personnages sont conformes aux théories qu’il me de l’avant : les personnages, fort égoïstes, tentent d’orchestrer des situations dans leur intérêt personnel, et l’argent semble prioritaire pour eux.

La motivation des personnages est essentiellement basée sur leur égoïsme profond, comme on le voit dans nombre d’œuvres réalistes. D’abord, Mme Raquin agit toujours en fonction de ce qui est bien pour elle, sans véritable considération pour les autres. La santé de son fils, Camille, est sa première priorité : elle l’entoure de ses soins au détriment de Thérèse, sa fille adoptive. Même si Mme Raquin a accepté de la prendre chez elle, il n’en reste pas moins qu’elle ne la traite pas comme l’égale de Camille : « Thérèse grandit, couchée dans le même lit que Camille, sous les tièdes tendresses de sa tante. Elle qui était d’une santé de fer, elle fut soignée comme une enfant chétive, partageant les médicaments que prenait son cousin » (p. 40). Mme Raquin priorise la santé de son fils, même si cela nuit au bon développement de Thérèse. De plus, elle se conforte dans son action de bonne mère en pensant qu’elle a donné à Camille « la vie plus de dix fois » (p. 38). Ainsi, paradoxalement, bien qu’on puisse penser que c’est pour le bien-être de Camille qu’agit la vieille dame, elle le fait d’abord et avant tout pour elle-même. Camille n’est qu’un projet cher à son cœur, un projet dont la réalisation lui procure sécurité et satisfaction. Son égoïsme ne s’arrête pas là, on le retrouve aussi dans son désir de voir Camille épouser Thérèse : « Elle comptait sur Thérèse, elle se disait que la jeune fille serait une garde vigilante auprès de Camille » (p. 42). Au dix-neuvième siècle, le mariage ne célébrait pas nécessairement l’amour entre deux personnes. Il s’agissait souvent d’un arrangement financier. Dans ce cas-ci, Mme Raquin orchestre le mariage entre ses enfants afin d’avoir la certitude que son fils sera entre bonnes mains. Elle compromet, une fois de plus, le bonheur de Thérèse en lui léguant son rôle de protectrice. Si elle avait d’abord pensé à son fils, qui n’aime pas Thérèse, ou à sa fille plutôt qu’à sa satisfaction personnelle, elle aurait choisi une autre compagne, tenté de former un couple heureux plutôt que pratique. Mais si Mme Raquin est égoïste, Thérèse ne l’est pas moins. Après le meurtre de Camille, son amour pour Laurent s’est estompé et les raisons qui la motivent au mariage montrent un repli sur soi : « Thérèse désirait uniquement se marier parce qu’elle avait peur et que son organisme réclamait les caresses violentes de Laurent. » L’auteur exprime ici de manière très claire et objective les désirs de Thérèse. Zola montre le personnage tel qu’il est, c’est-à-dire égocentrique. Thérèse ne pense guère qu’elle pourrait contribuer au bonheur de Laurent en étant une bonne épouse, elle pense seulement à calmer ses craintes et à satisfaire ses désirs charnels. De même, lorsque Thérèse implore le pardon de Mme Raquin, elle le fait uniquement pour avoir la conscience tranquille, sans véritable repentir : « Parfois même elle oubliait qu’elle était agenouillée devant Mme Raquin, elle continuait son monologue dans le rêve » (p. 263). Thérèse s’excusait donc davantage à elle-même qu’à Mme Raquin. La jeune femme n’a pas pensé une seconde à la situation dans laquelle se trouvait sa tante : elle est paralysée et les deux personnes en qui elle avait mis toute sa confiance ont tué son fils. Malgré tout, Thérèse ne pense qu’à être désolée pour elle-même. Bref, Mme Raquin et Thérèse sont égoïstes, leurs motivations ne dépendent que de ce qu’elles jugent bon pour elles-mêmes.

L’argent, comme c’est souvent le cas dans les récits réalistes, entre aussi pour beaucoup dans les motivations des personnages. Laurent, par exemple, agit toujours en fonction de sa grande cupidité. La perspective de se marier avec Thérèse le rend heureux, car il pourra satisfaire son besoin avide d’argent, puisque « bientôt il hériterait des quarante et quelques mille francs de Mme Raquin » (p. 165). Ainsi, Laurent semble avoir pour unique motivation d’amasser une somme importante afin de « tirer le profit attendu de la mort de Camille » (p. 164) et de « ne pas travailler toute sa vie » (p. 164). Cette réflexion est fortement liée au contexte de l’époque. La pauvreté de Laurent le pousse à espérer un avenir meilleur. Son salaire modeste ainsi que le fait qu’il « commençait à s’ennuyer singulièrement à son bureau » font en sorte qu’il désire vivre dans la paresse, mais tout en continuant à jouir d’un certain confort financier. L’industrialisation fut le précurseur de la société capitaliste. C’est donc influencé par une société qui priorise l’argent que Zola présente le personnage de Laurent comme un être assoiffé d’argent. Aussi Laurent espère-t-il la mort de son père pour hériter : « Son père, le paysan de Jeufosse, s’entêtant à ne pas mourir, il se disait que l’héritage pouvait longtemps se faire attendre » (p. 164). Sa cupidité l’emporte sur l’amour qu’il devrait éprouver pour son père. Déjà qu’il a tué Camille, Laurent songe au trépas de Mme Raquin et de son père comme à de grandes sources de capital pour lui. Dans une moindre mesure, les personnages secondaires du récit, tels Grivet, Michaud, Olivier et Suzanne, sont aussi motivés par l’argent. Les soirées du jeudi sont synonymes pour eux de gratuité : ils peuvent se nourrir et boire à leur aise sans dépenser un sou. Même après la tragédie qui était survenue, « l’employé et l’ancien commissaire avaient jugé chacun de leur côté qu’ils pouvaient reprendre leurs chères habitudes » (p. 135). Les amis de la famille Raquin sont effectivement heureux du retour à la normale. Zola a créé ces personnages afin qu’ils semblent réels pour le lecteur. Il s’agit d’une trame de fond de normalité servant à contraster avec tous les drames qui surviennent au sein de la famille. Le côté capitaliste des personnages est d’autant plus fidèle à la vision de la société des tenants du réalisme. L’inconscience des invités du jeudi devant le drame qui se déroule sous leurs yeux prouve également que c’est pour profiter du repas qu’ils viennent à ces soirées. Michaud affirme même que « Mme Raquin a voulu rendre hommage aux tendres attentions que lui prodiguent ses enfants » (p. 250). Il ne se doute pas de l’ironie de la situation. Alors que Mme Raquin voulait dénoncer le crime commis par Thérèse et Laurent, Michaud croit qu’elle voulait les féliciter. Les convives sont donc aveuglés par leur désir de voir se prolonger ces soirées où ils mangent et s’amusent à bon compte. En somme, Laurent et les invités du jeudi laissent tomber leurs valeurs morales au profit des valeurs capitalistes.

Les motivations des personnages de Thérèse Raquin d’Émile Zola représentent donc l’idéologie véhiculée par les courants réaliste et naturaliste. L’égoïsme de Mme Raquin et de Thérèse se voit dans leurs actions et leurs décisions. L’importance des valeurs capitalistes pour Laurent et les invités du jeudi se démontre par leur insatiable besoin d’argent. Les motivations de ces personnages sont représentatives de la société de l’époique. Émile Zola, qui a vécu au dix-neuvième siècle, a été spectateur de bien des changements. C’est de cette réalité qu’il s’est inspiré pour écrire des œuvres encore lues aujourd’hui. Plus d’un siècles après la parution de Thérèse Raquin, la technologie a beaucoup évolué. L’ère de l’industrialisation ne fut qu’un aperçu de ce qu’allait devenir la société, une société où règnent toujours l’égoïsme et le capitalisme.